Le GR® 654 raconté par ceux qui le font !

Nous sommes allés à la rencontre de cinq personnes qui connaissent leur département respectif – et le GR® 654 – comme leur poche. Ces témoignages, par définition aussi singuliers que subjectifs, respirent tous cet enthousiasme si caractéristique des individus qui ont envie de partager. Alors, laçons nos chaussures et parcourons, avec eux et à travers leurs mots, « leur » GR® 654.

 

 

Fernand Morteau (Dordogne) :

Fernand Morteau travaillait le bois. Un métier qu’il appréciait, mais dont la sédentarité et la pénibilité lui apparaissaient comme une contrainte. « Plus ma retraite approchait, plus j’avais envie d’être dehors, de respirer, de ne plus être enfermé ». 

 

Sa première rando, il s’en souvient parfaitement : « C’était en septembre 2007, à Mauzac. Un vrai émerveillement. J’avais l’impression d’enfin découvrir mon département ». Fernand a fini par s’investir pleinement au sein du comité départemental de la Dordogne. Et, en 2012, il fut parmi les premiers à baliser le GR® 654.

 

« Nous avons la chance d’avoir de superbes paysages sur ce GR® ». Sans être exhaustif, Fernand Morteau cite d’emblée La Coquille, Thiviers, Sorges. Puis Périgueux et sa cathédrale Saint-Front, bien sûr. Incontournable.

 

Plus au Sud, les randonneurs passent par Bergerac, où ils sont invités à choisir de tracer leur chemin sur le GR® 654, soit vers l’Ouest et la Gironde, soit vers l’Est et le Lot-et-Garonne, avec, sur cet itinéraire-là, un passage par Monbazillac, connu pour ses vignobles et son château.

 

Reste qu’en adepte du vert et des belles pierres, Fernand s’enthousiasme plutôt pour la partie du GR® 654 traversant la forêt domaniale de Lanmary, entre Sorges et Trélissac.

 

« Sortir des sentiers au cœur de la forêt et découvrir des bâtisses superbes, comme le château de Caussade, est un véritable émerveillement ».

 

Entourée de douves sèches, toujours dotée de son pont-levis et perdue au cœur de la forêt, cette petite forteresse du XIIe siècle possède un charme difficilement contestable.

 

« La force des GR® est bien de permettre de telles découvertes. En Dordogne, nous ne manquons pas de petites merveilles en termes de patrimoine bâti, et le GR® 654 est un sentier idéal pour aller à leur rencontre ». 

 

 

Marie-Lise Barbe (Gironde) : « Parcourir la grande et la petite histoire »

 

« En Gironde, rien, sur le GR® 654, ne va venir véritablement éclabousser le regard. Et le bitume constitue une bonne partie du chemin. Malgré tout, il y a mille raisons de se réjouir pour qui a le regard aguerri ». 

 

Marie-Lise Barbe fait partie de la commission sentier du comité de la Gironde. Son œil l’est, aguerri. Et, surtout, son esprit est grand ouvert. Prêt à respirer ce que la nature lui propose. Prêt à se régaler de ce que l’homme a bâti. « Le randonneur va trouver, sur son chemin, des séchoirs, des quais à vendange, des puits. Et des bastides également. »

 

Ces cités fortifiées créées au moyen-âge selon un plan urbanistique bien particulier (schématiquement, une grande place au centre d’où partent des rues et ruelles perpendiculaires entre elles) sont au nombre de huit en Gironde. Le GR® 654 en traverse 3 : Sainte-Foy-la-Grande, Pellegrue et Monségur. 

 

« Même si le chemin jacquaire ne passe pas à Monségur, malgré la présence d’une coquille sur un portail latéral de l’église qui semble valider le fait que les pèlerins y faisaient étape, il nous est apparu évident, lorsque nous avons balisé le GR® 654 il y a 8 ans, que Monségur devait être sur le tracé ». 

 

La cité, seule bastide du département à être située en altitude, sur un éperon calcaire, possède une église qui vaut à elle seule le détour, et une halle de la fin du XIXe siècle presque aussi spectaculaire. Le chemin de ronde offre, en outre, de splendides points de vue sur la vallée du Dropt et le plateau de l’Entre-Deux-Mers. 

 

« Dans notre département, le GR® 654, avec ses paysages de collines, de vallons et de plateaux parsemés, selon où l’on se trouve, de vergers, de pruniers, de vignobles et même de pins dans les Landes girondines, est avant tout l’occasion de découvrir l’histoire, au sens large. La grande histoire à travers les bastides, mais aussi la petite histoire, celle des habitants qui, depuis des siècles, ont façonné le paysage en vue d’exploiter la terre et de pouvoir vivre sur place » 

 

 

Françoise Leglize (Landes) : « Saint-Sever vaut, à elle seule, le coup d’œil »

 

Françoise Leglize connaît bien le GR® 654, dont le balisage, dans sa partie landaise, a été achevé en 2015.

 

Pour cette adepte de la randonnée en montagne, la partie avant l’arrivée à Saint-Sever est « certes plutôt plate » mais reste « digne d’intérêt, avec les jolies communes de Roquefort et Mont-de-Marsan. Et l’église de Bougues aussi, juste avant Mont-de-Marsan ». 

 

À partir de Saint-Sever, le GR® se fait un petit peu plus sportif. Nous ne sommes pas pour autant dans des dénivelés exceptionnels, loin de là, et le GR® 654 reste très accessible de bout en bout.

 

« L’un des intérêts du GR® 654 dans les Landes est qu’il permet de mesurer l’importance de la  gastronomie sur notre territoire. Le randonneur peut y découvrir de nombreux élevages, essentiellement de canards bien sûrs. Et, même si le bitume représente à peu près 50% du tracé, les chemins forestiers font aussi partie du décor. Avec des pins, mais aussi beaucoup de chênes ! ».

 

Une fois listées toutes ces bonnes raisons de parcourir le GR® 654 des Landes, Françoise Leglize a fini par abattre sa dernière carte. Et quelle carte ! Trois syllabes suffisent pour faire briller le regard de celle qui les prononce : Saint-Sever. 

 

Il faut avoir vu Saint-Sever, parcouru ses rues et, surtout, visité son abbaye et son cloître des Jacobins, pour comprendre l’enthousiasme de Françoise lorsqu’elle évoque cette commune. Dominant la vallée de l’Adour, Saint-Sever fut éminemment religieuse. Et son abbatiale de style roman est un joyau.

 

Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1998, elle affiche des dimensions peu communes (71 m de long, 31 m de large pour la nef, 41 m pour le transept) et ses éléments remarquables (reliquaire, chapiteaux, grand orgue, etc.) garantissent aux visiteurs parmi les plus attentifs plusieurs heures d’émerveillement entre ses murs.

 

 

 

Jean-Pierre Gaillard (Pyrénées-Atlantiques) : « Une belle balade du Béarn au Pays Basque »

 

«Ma première véritable randonnée, ce devait être autour de 1975, sur plusieurs jours, du lac d’Annecy au mont Ventoux, avec un groupe d’amis. » L’itinérance, c’est son truc à Jean-Pierre Gaillard.

 

« Pas seulement parce que ma femme préfère les randonnées en itinérance », sourit-il, « mais aussi parce qu’elle permet de découvrir un territoire à un rythme inhabituel. Pas comme lorsqu’on passe rapidement en voiture.

 

La marche oblige à prendre son temps, à regarder ce qui nous entoure. En itinérance, chaque matin est le début d’une nouvelle aventure et la promesse de nouvelles rencontres ». 

 

Jean-Pierre Gaillard voue une passion à son département, et à ses nombreux sentiers aux profils et aux paysages variés. « Trente ans que j’habite ici, ça laisse le temps d’avoir parcouru tous les chemins à plusieurs reprises, et d’y avoir fait de belles rencontres ».

 

Les Pyrénées-Atlantiques comptent 988 km de GR®, dont environ 150 pour le seul GR® 654. Celui-ci a la particularité de passer par deux territoires aux histoires et aux cultures différentes : le Béarn et le Pays Basque.

 

Côté Béarn, le randonneur cheminera dans des paysages gentiment vallonnés, entre exploitations agricoles et forêts. Après avoir franchi le gave de Pau, à Orthez – ville remarquable et ancienne capitale du Béarn -, il découvrira l’Hôpital-d’Orion puis en contrebas de cette spectaculaire cité, le gave d’Oloron apparaît comme une frontière qui ne dit pas son nom, entre Béarn et Pays Basque.

 

« Une fois le gave franchi, le paysage change de façon assez radicale », se souvient Jean-Pierre.

 

« Nous foulons des chemins plus doux, moins escarpés, et le patrimoine bâti se fait très vite caractéristique du Pays Basque. Cette partie du GR® 654, de Sauveterre à Saint-Palais, offre de très belles vues sur la chaîne des Pyrénées. » 

 

Au Sud de Saint-Palais, la stèle de Gibraltar marque la fin du GR® 654. Elle est le point où se rejoignent trois voies vers Compostelle : Vézelay, le Puy et Paris. « Pour aller vers Saint-Jean-Pied-de-Port et rallier l’Espagne, il faut suivre le GR® 65. »

 

Joseph Kleiber (Lot-et-Garonne) : « Un chemin qui raconte parfaitement notre département »

La marche, activité propice à la réflexion, mène visiblement à une certaine sagesse.

 

C’est en tout cas ce qu’il est aisé de constater lorsqu’on échange avec Joseph Kleiber. « Le GR® 654 est avant tout un chemin qui permet aux Hommes d’avancer ensemble.

 

Il en est de même pour tous les sentiers, dans le Lot-et-Garonne ou ailleurs. Que ce soit pour des raisons cultuelle, culturelle ou mercantile, les sentiers ont toujours eu vocation à réunir les humains, et ces traits d’union sont vitaux. » 

 

Lorsque Joseph découvre la marche, au début des années 2000, il pratique souvent dans les Alpes, pas forcément de façon très régulière. « Lorsque je suis parti m’installer à la Réunion, la randonnée a pris une grande place dans ma vie. L’Île s’y prête, et ses dénivelés sont parfois effarants ». 

 

Pour cet homme au physique affûté, marcher est avant tout l’occasion de partager. « Marcher avec la femme qu’on a choisie ou marcher avec des groupes qu’on encadre sont d’autant d’occasions d’échanger, de rencontrer l’autre vraiment, à un autre rythme que celui parfois imposé par le quotidien ». Et le GR® 654 dans tout ça ?

 

« Il fait à peu près 140 km dans sa partie Lot-et-Garonne. Avec des paysages très liés à la vie locale et au terroir – culture du blé, du pruneau d’Agen, de la pomme, des vignes -, ce sentier parle parfaitement du département, de son histoire, de ceux qui y habitent ou y ont habité. » 

 

Parmi les communes traversées par le GR® 654, force est de constater qu’il n’y en a pas une seule qui ne soit pas digne d’intérêt : Cancon, Pinel-Hauterive, Castelmoron, Clairac, Port-Sainte-Marie, Lavardac, Mézin, etc. Les raisons d’être émerveillé et enthousiaste ne manquent pas. Parmi ces petites merveilles, citons Vianne, une bastide fondée en 1284 près de la Baïse. Elle possède encore ses quatre portes fortifiées et la quasi-intégralité de ses murs d’enceinte. Spectaculaire !

 

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